Un coup de dés

Un coup de dés

Cœur à l’ouvrage de verre

Le Centre International de Recherche sur le Verre et les Arts plastiques (CIRVA) est entièrement consacré à l’expérimentation et à la recherche dans le domaine du verre. Basé à Marseille dans un ancien bâtiment industriel, le CIRVA accueille depuis 1983 des artistes et des designers en résidence. Souvent peu familiers du verre, ces créateurs en explorent toutes les possibilités grâce à une équipe technique très qualifiée. Cette forme de création artistique où l’intervention des techniciens est fondamentale, a poussé l'historien de l’art Thomas Golsenne, à les interroger sur leur parcours, leurs expériences et rencontres avec les artistes.

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Le bricolage a reçu ses lettres de noblesse théorique avec Claude Lévi-Strauss mais il a reçu ses lettres de noblesse artistique depuis plus longtemps, avec le Palais du facteur Cheval, les collages cubistes ou la Merzbau de Schwitters. C’est que le bricolage, comme « science du concret », a fort à faire avec la pratique artistique depuis que celle-ci s’est détournée de la routine académique et est devenue expérimentale : l’œuvre d’art est le résultat d’une expérience. La bricologie est l’étude des différentes manières dont les artistes abordent l’expérimentation. Pour une grande part, celle-ci porte sur les matériaux. D’ordinaire, elle se déroule dans leur atelier, qui est à l’artiste ce que le laboratoire est au scientifique. Parfois, cependant, les artistes cherchent à se confronter à des matériaux et à des techniques qui demandent des moyens et des locaux au-delà des possibilités de leur atelier. L’image d’Yves Klein maniant le lance-flamme sur ses Peintures de feu, au Centre d’essai de Gaz de France en 1961, en donne un exemple célèbre.

Un artiste d’aujourd’hui qui veut expérimenter le verre, matériau difficile et qui demande un équipement spécial et des compétences exceptionnelles, aura bien du mal à le faire dans son atelier, sans les fours ni les savoir-faire adéquats. Le verre, matériau et technique plurimillénaire, fait l’objet de véritables mythologies ; il faut dire que la « transmutation » des minéraux sableux en solide transparent s’accompagne facilement d’une aura de mystère, et que le four où elle se produit assimile le maître verrier à une sorte d’alchimiste. Ce n’est pas un hasard si Werner Herzog choisit le métier du verre pour son allégorie artisanale de la création ; pas un hasard non plus si les principaux personnages de son film, Cœur de verre, jouaient sous hypnose, tant le verre peut fasciner celui qui, simple spectateur, regarde les souffleurs accomplissant les étapes de la procédure avec la sûreté et la grâce de danseurs. Et ceci malgré la difficulté des gestes, la chaleur du four et le poids du matériau cueilli, démultiplié par la longueur de la canne.

Mais les artistes contemporains ont de la chance. Il existe depuis une trentaine d’années un centre d’art unique en France, consacré à l’expérimentation et à la recherche artistiques sur le verre : le CIRVA. Il est aussi une chance pour le bricologue, qui peut y observer les relations complexes qui se jouent entre l’artiste, le matériau et le technicien. Si étudier l’art d’un point de vue bricologique a du sens, c’est dans la mesure où la compréhension de l’œuvre nécessite de comprendre comment elle a été produite, quels procédés techniques ont agi sur le matériau. Ce n’est pas applicable à toutes les œuvres d’art, bien entendu. Mais, dans le cas des résultats des résidences d’artistes et de designers du CIRVA, le point de vue bricologique s’avère tout à fait pertinent, tant l’idée artistique et le geste technique sont intriqués. Et parfois à la surprise des artistes en premier.

Vous connaissez le tableau de Velazquez, La Forge de Vulcain ? Celui où l’on voit Apollon, couronné de laurier, la tête illuminée de soleil, la peau laiteuse comme celle d’un bébé, qui, avec un geste majestueux, donne des indications au dieu forgeron ? Celui-ci le regarde un peu hébété, avec sa grosse moustache mal taillée, torse nu comme ses assistants, en plein travail d’une pièce de métal rougie par le feu, de l’air de penser : mais que me chante-t-il, celui-là ?
Cela pourrait être une allégorie du CIRVA : Apollon dans le rôle de l’artiste qui arrive en résidence et commence un projet, croyant innocemment qu’il va révolutionner le verre, Vulcain et ses acolytes dans le rôle des membres de l’atelier qui l’écoutent, les fours chauffant à 1 100° dans leur dos, avec le sentiment que cette fois-ci encore, il va falloir lui expliquer que ce ne sera pas aussi simple.

Imaginez cette autre scène, réelle cette fois : un artiste arrive au CIRVA. Il va commencer sa résidence qui va durer plusieurs mois, peut-être plusieurs années, à coups de séjours intermittents. C’est sa première semaine. Il ne connaît pas le métier du verre, il n’a peut-être jamais fait réaliser de pièce en verre. Il a six paires d’yeux braqués sur lui : ceux d’Isabelle, la directrice ; de Christelle, la coordinatrice de l’équipe ; de David, le souffleur, responsable de l’atelier ; de Fernando et de Raphaël, les deux autres souffleurs ; et de Roberto, qui travaille le verre à froid. Ils attendent qu’il leur explique son projet. Mais lui, il découvre les fours immenses, qui dégagent un air si chaud qu’il fait onduler les lampes suspendues au plafond, à plusieurs mètres au-dessus. Il découvre le matériau et ses multiples états, petites billes blanches au début (les pellets), masse molle, rouge et brûlante, quand elle est cueillie dans le four et maniée à la canne, enfin volume solide et transparent, quand il a refroidi. Il découvre surtout ces personnages, ces maîtres de l’art du verre, qui ont tout donné pour leur passion, qui détiennent tous les secrets de la technique, et qui pourtant, sont là, à l’écoute de sa parole, simples, modestes, désireux de lui faire plaisir, de partir avec lui dans un voyage vers l’inconnu, ce projet à venir.

Voilà un beau mystère : comment peut-on être à la fois le roi dans son royaume et à la fois le premier serviteur d’un inconnu qui y pénètre, du moment qu’il prononce cette phrase magique : je suis artiste ? Laissons pour le moment Apollon. L’artiste, nous le connaissons bien, nous le connaissons trop. Dans un centre d’art, normalement, on déroule le tapis rouge pour l’artiste : c’est lui qui est en haut de la chaîne théorique qui fait vivre le monde de l’art ; c’est de lui dont tous dépendent, galeristes, collectionneurs, directeurs de centres d’art et de musées, critiques et commissaires d’exposition. « Il n’y a pas d’art, il n’y a que des artistes », écrivait Ernst Gombrich au début de sa fameuse Histoire de l’art.
Certes. Ce n’est pas l’occasion ici de déloger l’artiste de la place royale qu’il occupe – de déconstruire son personnage socio-théorique. Examiner comment les choses se passent au CIRVA donne plutôt l’occasion de déplacer l’angle de vue, de le braquer sur ceux dont on ne parle jamais et qui, pourtant, occupent ici une place essentielle : les techniciens. Il est fréquent (surtout de nos jours) qu’un artiste fasse faire une de ses pièces par des techniciens spécialisés. D’habitude, le premier présente un projet aux seconds, ils en discutent, le projet est réalisé par eux, la pièce est exposée : à l’artiste l’idée, et le nom sur le cartel ; aux techniciens, la réalisation matérielle, et une simple mention dans le catalogue (s’il y en a un).

Au CIRVA il en va différemment, dans la plupart des cas. Le principe de résidence prolongée, mis en place par la première directrice de ce centre d’art verrier, Françoise Guichon, l’extrême technicité combinée à une ouverture d’esprit non moins grande de l’équipe technique, tendent à développer un type de création plus expérimentale. La plupart du temps, les artistes ou les designers invités ne sont pas choisis par Isabelle Reiher, l’actuelle directrice, pour un projet spécifique à réaliser. Ils sont choisis pour leur art et leur personnalité en général. Dès lors, quand ils arrivent au CIRVA, ils ne savent pas forcément, à l’avance, ce qui va se passer, ce qui sera produit. Ils ignorent ce qui est possible ou impossible de réaliser en verre ; ils ignorent de quoi sont capables les souffleurs, qui sont capables de beaucoup. Ceux-ci sont animés d’une volonté de puissance toute nietzschéenne : toute leur vie, ils n’ont eu qu’une idée en tête : apprendre. Repousser les limites de leur savoir-faire, de ce qu’il leur était possible de produire – les pièces les plus fines, les plus grandes, les plus complexes. Ils aiment défier le verre. Pour cela, ils ont pratiquement sacrifié leur jeunesse, passant d’école en école, d’atelier en atelier, en France, en Europe, dans le monde.

Dès ses quatorze ans, Raphaël (qui en a 42), commence son apprentissage à Vannes-le-Châtel, où une bonne partie de sa famille travaillait à l’usine de cristallerie CFC-Daum. Puis, avec des amis, avec l’appui du maire et des villageois, tandis qu’il travaille à l’usine, il participe comme enseignant à l’ouverture d’une école du verre, qui allait devenir dans les années 90 le principal centre de formation aux métiers du verre en France, le CERFAV, où ses camarades du CIRVA ont tous été élèves. Peu après il obtient une bourse de formation et part quatre ans, à Paris et surtout à Venise, où il fréquente trois ateliers de Murano, parmi les plus réputés, les plus exigeants. Dans ce temple de la verrerie d’art de tradition pluri-séculaire, où travaille le dieu vivant des souffleurs, Lino Tagliapietra, les ateliers fonctionnent quasiment comme du temps de Giotto. Le nouvel arrivant commence comme serventino, il nettoie l’atelier, va chercher les matériaux. Dans certains ateliers, on n’a pas le droit de regarder le maestro dans les yeux ; et lui est capable, dès les premiers pas du petit jeune dans l’atelier, de pronostiquer son avenir dans le verre. Si le pronostic est favorable, et si le novice fait ses preuves et s’acharne, alors il pourra peut-être, comme Raphaël, seconder le maestro lui-même.
Ses camarades sont passés comme lui à Murano. David (né en 1973), après une année de prépa aux beaux-arts de Digne-les-Bains et deux ans au CERFAV, enchaine bourse sur bourse, et va d’atelier en atelier, au Danemark, en Suède, en Allemagne, à Montréal, aux Etats-Unis, à Murano évidemment où il passe dans dix ateliers différents. Développant également sa propre sensibilité artistique et une production personnelle, David « sent » les projets des artistes comme nul autre.
Fernando (né en 1976), qui est Argentin, est parti d’abord à Ségovie à l’école du verre, puis à celle de Bolsano en Italie, où il est confronté pour la première fois à une approche artistique du verre, puis au CERFAV, et de là à Murano. Comme les autres, il est toujours curieux de perfectionner la technique, qui est différente d’un pays à un autre, d’un atelier à un autre. Son rêve était d’aller dans celui de Kenji Ito, au Japon. Après plusieurs lettres et plusieurs refus, le souffleur japonais l’accepte enfin, mais à deux conditions qui paraissent impossibles : et qu’il reste au moins un an, et qu’il parle japonais. Qu’à cela ne tienne : Fernando apprend le japonais et se rend au Japon chez Kenji Ito, où il demeure une année.
Roberto (né en 1977), initié au verre à Barcelone, également passé par le CERFAV, s’est spécialisé dans le travail à froid, la pate de verre. Il ouvre très tôt un atelier près de Montpellier où il vend ses propres pièces, puis entre dans le célèbre atelier des Leperlier près de Rouen, issus d’une famille de maîtres verriers dont un des aïeux fut un grand représentant de l’Art Nouveau.
Quant à Christelle (je tairai son âge, qui est identique au mien), son parcours est différent mais non moins riche : inscrite d’abord en faculté de psychologie à Strasbourg, mais insatisfaite du manque de pratique, elle s’est orientée rapidement vers les arts du métal, grâce à un entourage d’amis artistes qui possédaient une petite forge et des ateliers techniques. Puis elle monte un projet de réinsertion professionnelle de schizophrènes à Marseille, auxquels elle apprend ce métier dur et qui interdit tout atermoiement, toute hésitation. Pendant quatre ans, elle conjuguera ainsi traitement psychiatrique et apprentissage manuel, avant de répondre à l’annonce du poste qu’elle occupe aujourd’hui.

Si ces techniciens hors pair sont si modestes, c’est parce que depuis leurs débuts, ils ont appris qu’il y a toujours quelque chose de nouveau à apprendre, une technique à perfectionner, à inventer. Et s’ils aiment travailler au CIRVA, c’est parce que les artistes les incitent à repousser non seulement leurs propres limites, mais celles du travail du verre lui-même. Non pas que les artistes, quand ils arrivent tout frais au 62 rue de la Joliette, savent comment faire « désapprendre leur métier » aux souffleurs, comme certains, prétentieux et ignorants, le prétendent. C’est bien plutôt le contraire qui se passe au début : il est très rare qu’un artiste propose d’emblée une idée, un projet, qui n’aient pas déjà été formulés et réalisés auparavant. En réalité, c’est ensemble, artiste et techniciens, qu’ils font progresser le projet. L’artiste apprend d’eux les contraintes (nombreuses) du matériau, mais aussi ses possibilités (immenses). A les regarder travailler, il lui vient « quinze mille idées à la seconde », dit Christelle. Certains s’intègrent dans la vie de l’atelier ; ils voudraient toucher la matière, manier la canne – mais on ne remplace pas dix ans de métier. En même temps ils s’approprient l’atelier, lui donnent un rythme, une chaleur qui leur est personnelle. De leur côté, les techniciens s’approprient la pensée de l’artiste, sans la dénaturer. Fernando a une belle comparaison musicale : l’artiste, c’est le compositeur, et lui, son interprète. A cette différence qu’en musique, si on rate une note, on peut se rattraper à la suivante, tandis que dans le verre soufflé, il est impossible de se rattraper : tout doit être parfait du moment où l’on cueille le verre dans le four au moment où on l’enfourne pour le faire refroidir : le verre n’oublie rien.
Parfois, comme dit Roberto, le projet de l’artiste ou du designer impose de détourner les règles, de jouer contre le matériau, contre la technique : donner au verre l’aspect de la pierre, mélanger des matériaux incompatibles, faire exploser des volcans dans les fours… C’est dans ces cas, plus difficiles que les autres, que la relation entre l’artiste et le technicien doit être excellente. Le technicien « entre dans le cerveau » de l’artiste, dit David, « et remplace ses mains ». Hreinn Fridfinnsson l’Islandais l’avait parfaitement compris. Pendant sa résidence au CIRVA en 1994, voyant la maîtrise manuelle des techniciens, et s’avouant incapable de rien faire de ses propres mains, il décida d’en faire un moulage et de les faire en verre, de les offrir à l’équipe, en somme, « pour qu’elles servent à quelque chose ». De ce don réciproque de soi, de cette synergie entre l’artiste et les techniciens naissent les meilleures pièces. Car si l’artiste réussit à pousser les souffleurs à aller plus loin, à se dépasser, à suer sang et eau en tenant des pièces de plusieurs dizaines de kilos au bout des bras, c’est parce qu’il leur montre respect et reconnaissance. Et si les souffleurs acceptent ainsi leur dur labeur et les efforts parfois terribles que les projets (parfois pharaoniques) des artistes leur imposent, c’est parce que ceux-ci, avec leur énergie, leur générosité et leur inventivité, les transportent.
La relation entre les artistes et les membres de l’équipe technique du CIRVA est unique. Comment nommer leur métier ? Ils ne sont pas seulement artisans, car la part d’expérimentation est chez eux bien plus grande. Ils ne sont pas seulement techniciens d’art, parce que, même s’ils possèdent une virtuosité technique indéniable, ils savent bien que la technique n’est qu’un moyen, et que la fin est autre. David, à qui je posais la question de la définition de son métier, me donna la réponse qui me semble la plus juste : « souffleur du CIRVA ».  

Thomas Golsenne

Ce texte a été élaboré à la suite d’entretiens menés par l’auteur en novembre 2012 et janvier 2013 avec Christelle Notelet, Roberto Avila, David Veis, Raphaël Veloso et Fernando Torre. Qu’ils soient remerciés pour leur accueil et leur disponibilité.

Pour en savoir plus :
Le CIRVA
Motifs – le blog de Thomas Golsenne

 

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EDITO

ORGANISER UN COUP DE DÉS

, and lies listen to,, at the she said as a form of, while he said ? . a , .

 Pour l’édition d’été du magazine uncoupdedés.net, je me suis laissée inspirer par le jeu de dés de Mallarmé afin de m’éloigner d’un texte d’introduction habituel. En allant dans le sens du contenu publié et de l’esprit hétérogène que j’ai rencontré dans le magazine, je me suis limitée à utiliser l’existant (titres et contenus) pour produire une intervention minimale : , and lies listen to,, at the, she said, as a for of, while he said ? . a , . L’économie de mots déploie une dimension visuelle et musicale de l’assemblage, met en lumière l’effort collectif, satisfait à des stratégies magiques, incite à la mémorisation ou, incarne peut-être tout simplement l’acte de base programmé par cette invitation : ORGANISER UN COUP DE DÉS.

Manuela Moscoso

summer_issue

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Architecture fantôme, 2011, Berdaguer & Péjus

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Poinçon, Nicolas Floc’h, exposition à la verrerie de la Rochère, 2012. Production : centre d’art Le Pavé Dans La Mare. Mécénat : verrerie de La Rochère

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Keith Sonnier, Saule pleureur de la série : Blatt, 1999 FNAC 03-044. Dépôt du Cnap - EAC, Donation Albers-Honegger © Yves Chenot pour Adagp

The Innocents © Dora Garcia

Power No Power, by Claudio Zulian, Aulnay-sous-Bois, France, 2013

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La couleur ne brûle pas Elisa Pône & Stéphane Thidet film Super 8 / 2'20 / 2012 co-produit par le Centre d'Art Bastille, Grenoble. Photographie: Stéphane Thidet

vue de l'exposition The Die is Cast, Ryan Gander, 26/06 - 18/10/2009 - J. Brasille/Villa Arson

David Evrard, Spirit of Ecstasy, BLACKJACK éditions et KOMPLOT, 2012

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Alain Bernardini, 'L’origine. Recadrée. Porte-Image, Guillaume, Chantier Giraud BTP, Borderouge Nord, Toulouse 2013', production BBB centre d’art /  commande publique photographique – CNAP

'Bonjour tristesse, désir, ennui, appétit, plaisir' Vue de l’exposition à La Galerie, Centre d’art contemporain de Noisy-le-Sec, Photo © Cédrick Eymenier, 2013

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A PROPOS

Fort de son succès et de sa visibilité, uncoupdedés.net réactive et soumet le contenu existant à de nouvelles voix. En 2014 et 2015, plusieurs personnalités étrangères sont invitées, le temps d’une saison, à devenir nos éditorialistes. Il s’agira pour eux de mettre en perspective l’ensemble des contenus du magazine, et de les redéployer au prisme de leur subjectivité et de leurs propres contextes de travail.

Quatre personnalités reformuleront l’action des centres d’art dont ils auront pu percevoir divers aspects à travers le magazine : Catalina Lozano (Colombie), Zasha Colah (Inde), Moe Satt (Myanmar) et Manuela Moscoso (Brésil) : chaque rédacteur en chef « après coup » livrera ainsi un texte transversal, revisitant de façon originale la géographie résolument mouvante des centres d’art.

uncoupdedés.net réitère le défi à la manière du poème de Mallarmé, relancé par la science du montage cinématographique de Jean-Marie Straub et Danièle Huillet (Toute révolution est un coup de dés, 1977). Les invités, provenant d’horizons multiples, élargiront encore davantage le cercle de la parole. Chorale et fragmentaire, uncoupdedés.net tient autant du puzzle que du memory et en appelle naturellement à tous les redécoupages possibles…

MANUELA MOSCOSO

(Sao Paulo, Brésil)

Commissaire d’exposition basée au Brésil, Manuela Moscoso a notamment été commissaire de la 12ème Biennale de Cuenca, Equateur, de l’exposition Yael Davis au Museo de Arte (Rio de Janeiro, Brésil), Fisicisimos, à l’Université Torcuato di Tella, The Queens Biennale au Queens Museum à New York et Before Everything au CA2M (Madrid). Elle forme, avec Sarah Demeuse, Rivet, une agence curatoriale qui explore les notions de déploiement, circulation, pratique, et résonance. Leur recherche a pris corps à travers plusieurs projets en Espagne, en Norvège, au Liban et aux Etats-Unis. Manuela Moscoso est diplômée du Centre des études curatoriales du Bard College.